La dépression saisonnière est une vraie dépression, pas un simple coup de blues d'automne. Elle revient chaque année à la même période, le plus souvent quand les jours raccourcissent, et s'efface avec le retour des beaux jours. D'après Santé.fr, le service public d'information en santé, elle touche entre 1 et 3 % des personnes, surtout des femmes, et plus souvent entre 20 et 40 ans. Le traitement le plus connu est la luminothérapie, mais ce n'est pas le seul, et ce n'est pas forcément celui dont l'effet dure le plus longtemps.
Ce qui distingue ce trouble d'une simple fatigue d'hiver tient moins à l'intensité de la tristesse qu'à sa répétition et à ce qu'elle empêche de faire. Pour situer ces signes sur le chemin d'une dépression, notre article sur les 5 phases de la dépression aide à repérer le moment où il vaut mieux demander de l'aide. Voici comment la reconnaître, pourquoi la lumière y joue un rôle, et ce qui aide réellement d'après les études.
Comment reconnaître une dépression saisonnière
Santé.fr décrit comme signes typiques la tristesse, l'anxiété, les difficultés à se concentrer, la fatigue, une envie irrésistible de dormir plus longtemps et des fringales de sucre. L'institut américain de santé mentale (NIMH) ajoute le repli sur soi, que ses auteurs comparent à une hibernation, et une prise de poids liée à cette envie de glucides. Aucun de ces signes n'est propre au trouble, c'est leur calendrier qui compte. Les épisodes doivent revenir à la même période de l'année pendant au moins deux années de suite, disparaître entre deux saisons, et se montrer nettement plus nombreux, sur l'ensemble d'une vie, que les épisodes dépressifs survenus à d'autres moments, précise Santé.fr.
Le blues de l'hiver est beaucoup plus répandu et plus léger. Le NIMH réserve le terme de trouble aux cas où ces variations d'humeur deviennent assez sérieuses pour changer la façon de ressentir, de penser et d'agir, avec des symptômes qui durent environ quatre à cinq mois par an. Il suit la durée du jour et non le calendrier. Le stress des fêtes de fin d'année, ou la reprise du travail et de l'école à la rentrée, ne relève donc pas du trouble. Le passage à l'heure d'hiver, fin octobre, avance aussi d'un coup la tombée de la nuit d'une heure, ce que nous détaillons dans notre article sur le changement d'heure d'hiver.
Ce reportage de BFMTV, d'une minute et demie, résume ce qu'est la dépression saisonnière et les pistes pour y faire face. Son estimation, 5 à 10 % des Français, est nettement plus haute que celle de Santé.fr, et les chiffres varient en effet beaucoup d'une source à l'autre.
Le trouble existe aussi, plus rarement, en été, et les deux formes ne se ressemblent pas, comme le résume le NIMH.
| Forme hivernale | Forme estivale | |
|---|---|---|
| Quand | De la fin de l'automne au printemps | Printemps et été |
| Sommeil | Trop dormir | Difficultés à dormir |
| Appétit | Envie de glucides, prise de poids | Perte d'appétit, perte de poids |
| Comportement | Repli sur soi | Agitation, anxiété |
| Fréquence | La plus courante | Moins courante |
Pourquoi la baisse de lumière pèse sur le moral
La cause exacte n'est pas établie. Un article de synthèse paru en 2010 dans la revue médecine/sciences, accessible sur le portail de l'Inserm, rappelle que le seul fait incontestable est le lien entre la baisse de luminosité à l'automne et l'apparition des symptômes, et qu'aucune des trois pistes étudiées, la mélatonine, la sérotonine et les catécholamines, n'explique le trouble à elle seule. Le NIMH retient des pistes voisines. Chez les personnes touchées, la sérotonine, qui aide à réguler l'humeur, serait plus basse en hiver, et la mélatonine, l'hormone du sommeil, produite en excès, ce qui expliquerait l'envie de dormir. Il évoque aussi un manque de vitamine D, censée favoriser l'activité de la sérotonine. Ce sont des explications plausibles plutôt que démontrées une à une.
Un point est mieux établi, le rôle de la latitude. Le NIMH comme Cochrane notent que le trouble est plus fréquent là où les hivers offrent peu d'heures de jour. Norman Rosenthal, le psychiatre qui a nommé et décrit le trouble en 1984, l'a d'abord vécu lui-même. Dans un entretien filmé en 2014 pour l'université Queen Mary de Londres, il raconte son arrivée à New York en 1976, venant de Johannesburg où les jours d'hiver sont presque aussi longs que ceux de l'été. L'été new-yorkais lui donne une énergie « sans limite », puis le changement d'heure l'inquiète, et l'hiver amène « une lenteur et une léthargie » (traduit de l'anglais) qu'il n'avait jamais connues. Au printemps, tout s'améliore. Il vit ce cycle trois années de suite pendant son internat, avant de rejoindre l'équipe du NIMH qui travaille sur la lumière.
Ce récit illustre deux critères du diagnostic, la récurrence et le retour du bien-être au printemps, et il montre ce que change la latitude. Au jour le plus court de l'année, la durée du jour est d'environ 10 h 30 à Johannesburg, 9 h 15 à New York et 8 h 15 à Paris (calcul de Garde la Forme à partir des latitudes, hors météo). L'écart paraît modeste, un peu plus d'une heure de jour en moins à New York qu'à Johannesburg en hiver, mais il s'ajoute à des étés bien plus longs, si bien que la variation de la durée du jour au fil de l'année y est presque deux fois plus grande.
Ce qui aide vraiment, de la lumière aux médicaments
Santé.fr rappelle que sortir davantage à la lumière du jour et bouger régulièrement sont le premier réflexe, et que la luminothérapie est souvent le premier choix quand cela ne suffit pas. Elle se pratique le matin, avec un effet attendu en une à deux semaines, de préférence sous suivi médical, car les lampes grand public sont chères et d'efficacité mal établie, avertit le même site.
Reste la question de la rechute, d'un hiver à l'autre. Pour y répondre, le NIMH décrit une thérapie cognitivo-comportementale adaptée au trouble, en deux séances de groupe par semaine pendant six semaines. Elle apprend à remplacer les pensées négatives liées à la saison, comme l'obscurité de l'hiver, et à planifier des activités agréables pour compenser la perte d'intérêt. Une équipe de l'université du Vermont, dirigée par Kelly Rohan, a suivi 177 adultes pendant deux hivers après six semaines de l'un ou l'autre traitement (American Journal of Psychiatry, 2016). Le premier hiver, les résultats étaient comparables. Au second, 27 % des personnes passées par la thérapie avaient rechuté, contre 46 % de celles traitées par la lumière. C'est un seul essai, mené aux États-Unis, mais le NIMH le cite pour dire que les effets de la thérapie semblent durer plus longtemps.
Les antidépresseurs ont aussi leur place. Dans sa revue de 2021, Cochrane n'a retrouvé que trois essais, soit 204 participants, qui suggèrent que la fluoxétine fait à peu près aussi bien que la luminothérapie, environ 66 personnes sur 100 allant mieux dans les deux groupes. La confiance dans ces données reste faible à très faible, et ces médicaments mettent en général quatre à huit semaines à agir, selon le NIMH. Le choix se fait donc avec le médecin, en fonction de l'histoire de chacun.
Comme le trouble revient à date presque fixe, on peut aussi l'anticiper. Le NIMH suggère aux personnes qui l'ont déjà vécu de commencer leur traitement avant l'automne, tout en reconnaissant que peu d'études l'ont testé, et la revue Cochrane de 2019 sur la lumière préventive, qui ne repose que sur un essai de 46 personnes, ne permet aucune conclusion. Mieux vaut en parler à son médecin dès la fin de l'été. La vitamine D, souvent évoquée, donne des résultats mitigés selon le NIMH, certaines études la trouvant aussi efficace que la lumière et d'autres sans effet. Si vous envisagez une supplémentation, notre article sur le bon moment pour prendre de la vitamine D donne les repères, et le dosage se décide avec un médecin.
Quand en parler à un médecin
Une baisse de moral qui revient chaque automne mérite d'être évoquée avec votre médecin traitant, surtout si elle dure plus de deux semaines, si elle vous empêche de travailler ou de voir vos proches, ou si elle s'accompagne d'idées noires. Le médecin cherche aussi à écarter une autre cause. Le NIMH souligne que le trouble est plus fréquent chez les personnes qui ont déjà une dépression ou un trouble bipolaire, en particulier de type II, et Santé.fr précise que la lumière intense demande un avis médical en cas de trouble bipolaire, car elle peut déclencher un épisode d'hyperactivité.
Si la démarche vous inquiète, notre article sur comment et pourquoi consulter un psy explique qui voir et à quoi s'attendre. En cas d'idées suicidaires, le 3114 répond jour et nuit. Puisque le début du trouble est prévisible, le plus utile est souvent de ne pas attendre que l'hiver soit bien installé pour en parler.
Si votre fatigue revient chaque automne, notre article sur la fatigue saisonnière explique le rôle de la lumière et comment la distinguer d’un trouble saisonnier.
À savoir : Cet article a une vocation d'information et ne remplace pas l'avis d'un médecin, d'un psychologue ou d'un psychiatre. Si vous traversez une période de détresse ou avez des idées suicidaires, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et accessible 24 h/24 et 7 j/7.
À propos de l'auteur : cet article est rédigé par Thomas, auteur de Garde la Forme. Il n'est pas professionnel de santé : ses articles s'appuient sur la lecture de sources publiques (organismes de santé, études scientifiques). En savoir plus sur notre démarche.
