Les 5 phases de la dépression, comprendre leur évolution

Vous vous reconnaissez peut-être dans ce que vit une personne proche, ou dans ce que vous traversez vous-même depuis quelques semaines. Un matin plus difficile à démarrer que les autres, une lassitude qui ne part pas, l'impression de fonctionner au ralenti sans savoir vraiment pourquoi. Beaucoup de personnes cherchent à mettre des mots sur ce qu'elles ressentent, et c'est là qu'apparaît souvent l'expression les 5 phases de la dépression.

À retenir, les 5 phases de la dépression ne constituent pas un modèle médical officiel. Une personne dépressive ne passe pas nécessairement par ces cinq étapes, ni dans cet ordre. Les symptômes peuvent apparaître progressivement, fluctuer, s'améliorer puis réapparaître.

Les 5 phases de la dépression existent-elles vraiment ?

Il n'existe pas de stades officiellement reconnus de la dépression dans la classification médicale. La Haute Autorité de Santé parle d'épisode dépressif caractérisé, évalué selon sa sévérité (léger, modéré ou sévère) et selon l'état de rémission du patient (partielle ou complète), pas selon une progression fixe en cinq étapes.

L'idée d'une évolution en phases n'est pas propre à la dépression, elle rappelle le modèle des cinq étapes du deuil (déni, colère, marchandage, dépression, acceptation) décrit par la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross en 1969, un modèle lui-même très débattu par la recherche depuis. C'est sans doute de là que vient cette manière de découper un vécu difficile en étapes, une façon rassurante de se repérer dans quelque chose qui semble chaotique, plus qu'une réalité clinique établie. Selon le dossier de l'Inserm sur la dépression, réalisé avec des chercheurs du CESP et de l'hôpital Bicêtre, 15 à 20% de la population serait concernée par un trouble dépressif au cours de sa vie, ce qui explique aussi pourquoi ce sujet est autant recherché.

Comment la dépression peut-elle commencer ?

detresse mentale

Vous ouvrez votre ordinateur pour répondre à un message qui vous aurait demandé deux minutes auparavant. Vous le lisez, vous repoussez la réponse à plus tard, puis vous réalisez une heure après que vous n'avez toujours rien fait. Le soir, vous êtes épuisée sans avoir l'impression d'avoir accompli grand-chose. Ce type de changement discret, une motivation qui s'effrite, un sommeil qui se dérègle, des messages de proches qui restent sans réponse plus longtemps qu'avant, passe souvent inaperçu pendant plusieurs semaines.

Ces signes ne signifient pas nécessairement qu'une dépression est en train de s'installer. Ils peuvent tout aussi bien être liés à une période de stress, à un manque de sommeil, à un autre problème de santé, ou simplement à une difficulté passagère qui se résorbe d'elle-même. Notre article sur la manière dont l'équilibre mental des femmes peut être mis à l'épreuve revient plus largement sur ces premiers signaux à ne pas négliger, sans pour autant les surinterpréter.

Quand la dépression commence-t-elle à peser sur le quotidien ?

Chez certaines personnes, ces difficultés deviennent progressivement plus présentes et commencent à peser lourdement sur le quotidien. Se lever demande un effort en soi, préparer un repas ou répondre à un email peut sembler insurmontable alors que ces gestes ne posaient aucune difficulté quelques semaines plus tôt. D'autres décrivent surtout une tristesse qui ne les quitte plus, ou un sentiment de culpabilité qui ne repose sur rien de concret.

Selon la Haute Autorité de Santé, un épisode dépressif caractérisé se définit par la présence, pendant au moins deux semaines, d'au moins deux symptômes principaux (humeur dépressive, perte d'intérêt, fatigabilité accrue) associés à au moins deux symptômes secondaires parmi la difficulté de concentration, la baisse de confiance en soi, la culpabilité, les troubles du sommeil ou de l'appétit et les idées suicidaires. C'est un ensemble précis de critères, pas une case unique dans laquelle tout le monde se reconnaît de la même façon.

Combien de temps peut durer une dépression ?

Il n'existe pas de durée fixe. Un épisode dépressif peut durer plusieurs semaines comme plusieurs mois, selon l'intensité des symptômes, le contexte de vie de la personne et la rapidité avec laquelle une prise en charge est mise en place. Une prise en charge adaptée permet de réduire les symptômes, d'améliorer le fonctionnement au quotidien et de limiter le risque que les difficultés s'installent durablement, sans qu'on puisse promettre un délai précis à l'avance.

Cette incertitude sur la durée fait partie de ce qui rend l'attente difficile à vivre, autant pour la personne concernée que pour son entourage qui voudrait pouvoir donner un horizon rassurant.

Comment reconnaître une amélioration ?

Consulter un psy

Une sortie entre proches redevient envisageable, un rire vous surprend presque vous-même, l'envie de reprendre une activité mise de côté depuis des mois refait doucement surface. Ce sont ces petits signaux qui indiquent que quelque chose recommence à bouger, même si l'amélioration ne suit pas une ligne droite et que certains jours restent plus difficiles que d'autres.

Aller mieux n'est pas toujours synonyme de rétablissement complet. La Haute Autorité de Santé distingue la rémission partielle, où des symptômes persistent encore et où le suivi doit être réévalué, de la rémission complète, où le traitement est poursuivi jusqu'à son terme pour limiter le risque de rechute. C'est l'une des raisons pour lesquelles le suivi ne s'arrête pas dès les premiers jours où l'on se sent mieux, même si l'envie d'y mettre fin plus tôt est compréhensible.

Après la dépression, comment prévenir les rechutes

Cette dernière étape est différente des précédentes, elle ne fait pas partie de l'évolution de l'épisode en tant que tel, elle concerne plutôt la période qui suit son amélioration. Apprendre à reconnaître ses propres signaux d'alerte, un sommeil qui se dégrade à nouveau, un isolement qui reprend, permet d'agir avant qu'un nouvel épisode ne s'installe.

Dépression et burn-out partagent parfois des symptômes communs, la fatigue, les troubles du sommeil, les difficultés de concentration ou la perte de motivation, ce qui entretient une confusion fréquente entre les deux. Mais ils ne désignent pas la même chose, le burn-out est spécifiquement lié à un contexte professionnel prolongé, tandis que la dépression peut toucher l'ensemble des domaines de la vie, indépendamment du travail. Nous détaillons cette distinction dans notre article sur un épuisement professionnel qui touche particulièrement les femmes, utile si vous hésitez entre les deux situations.

Comment savoir si ce que je ressens est une dépression ?

Une tristesse, même intense, ne signifie pas automatiquement une dépression. Une période de fatigue ou une mauvaise passe ne le signifie pas non plus. Selon l'Organisation mondiale de la santé, il faut distinguer l'épisode dépressif des fluctuations ordinaires de l'humeur, celui-ci se caractérise par une humeur dépressive présente la plus grande partie de la journée, presque tous les jours, pendant au moins deux semaines, avec un retentissement réel sur la vie quotidienne.

Seul un professionnel de santé peut poser un diagnostic. Ce n'est pas un manque de rigueur de votre part si vous n'arrivez pas à trancher seule, c'est précisément le rôle de l'entretien clinique de faire la différence entre une période difficile et un épisode qui nécessite un accompagnement.

Quand faut-il consulter pour une dépression ?

Il n'est pas nécessaire d'attendre que les symptômes deviennent insupportables pour en parler à quelqu'un. Dès les premiers signes, évoquer ce que vous ressentez avec votre médecin traitant permet souvent d'éviter que les difficultés ne s'aggravent. Vous pouvez aussi retrouver dans un autre article des pistes concrètes sur la façon d'aborder une première consultation, pour celles et ceux qui hésitent encore à franchir le pas.

Si vous avez des pensées suicidaires, vous n'avez pas besoin d'attendre que la situation devienne incontrôlable pour demander de l'aide. En France, vous pouvez appeler le 3114, gratuitement, 24h/24 et 7j/7, pour parler à un professionnel formé à la prévention du suicide.