Les femmes sont-elles plus touchées par les troubles psychiques ? Pour la dépression, oui, nettement : en France, 15,6 % des femmes ont vécu un épisode dépressif caractérisé en 2021, contre 9,3 % des hommes, selon Santé publique France. Après une naissance, près d'une mère sur six présente des symptômes de dépression post-partum à deux mois. Et au travail, la souffrance psychique est signalée deux fois plus souvent chez les femmes. Ces écarts ne tiennent pas à une « fragilité » féminine, mais à un ensemble de facteurs biologiques, sociaux et économiques. Voici les chiffres clés, les périodes de vie à risque et ce qu'on peut faire, pour soi ou pour une proche.
- Dépression : 15,6 % des femmes contre 9,3 % des hommes sur un an (Baromètre santé 2021).
- Post-partum : 16,7 % des mères présentent des symptômes dépressifs deux mois après l'accouchement (Enquête nationale périnatale 2021).
- Travail : 5,9 % des salariées concernées par une souffrance psychique liée au travail, contre 2,7 % des salariés (2019).
- En cas de détresse : le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24 h/24.

La santé mentale des femmes en chiffres
| Indicateur | Femmes | Hommes | Source |
|---|---|---|---|
| Épisode dépressif caractérisé dans l'année (18-85 ans, 2021) | 15,6 % | 9,3 % | Baromètre santé 2021 |
| Symptômes de dépression 2 mois après l'accouchement (2021) | 16,7 % | non mesuré | Enquête nationale périnatale 2021 |
| Souffrance psychique liée au travail signalée (salariés, 2019) | 5,9 % | 2,7 % | Santé publique France, programme MCP |
Le Baromètre santé 2021 montre aussi une hausse sans précédent des épisodes dépressifs entre 2017 et 2021 (+36 %), particulièrement chez les jeunes adultes : un sur cinq (20,8 %) était concerné en 2021. L'écart entre femmes et hommes s'observe à tous les âges.
Pourquoi ces écarts ?
Les chercheurs évoquent plusieurs familles de facteurs, qui s'additionnent :
- Biologiques : les variations hormonales (cycle, grossesse, post-partum, périménopause) jouent un rôle dans certaines périodes de vulnérabilité.
- Sociaux : charge domestique et parentale plus élevée, rôle d'aidante plus fréquent, moindre temps de récupération. Voir notre article sur la charge mentale.
- Économiques : écarts de revenus, temps partiel subi, familles monoparentales majoritairement portées par des femmes.
- Violences : les violences subies, notamment sexuelles et conjugales, sont un facteur de risque majeur de troubles psychiques.
- Repérage : les femmes consultent plus volontiers, ce qui peut aussi augmenter les diagnostics, alors que la dépression masculine est plus souvent sous-repérée.

Les périodes de vie les plus sensibles
Après une naissance
Le « baby blues » des premiers jours, fréquent et passager, est à distinguer de la dépression post-partum, qui dure et s'aggrave. L'Enquête nationale périnatale 2021, menée auprès de 12 723 femmes, a mesuré pour la première fois ces symptômes à deux mois : 16,7 % des mères étaient concernées. Tristesse persistante, perte d'intérêt, épuisement au-delà de la fatigue attendue, anxiété envahissante ou sentiment d'être une « mauvaise mère » doivent amener à en parler à la sage-femme, au médecin ou à la PMI. Reprendre une activité physique douce peut aussi aider, voir reprendre le sport après l’accouchement.
Au travail
La souffrance psychique liée au travail a doublé entre 2007 et 2019 chez les deux sexes, selon Santé publique France, mais reste deux fois plus signalée chez les femmes, avec un maximum chez les cadres. Voir les symptômes du burn-out.
Pendant les études
Les jeunes adultes sont les plus touchés par la hausse récente des épisodes dépressifs. Notre article sur la pression scolaire chez les étudiants revient sur ce contexte.
Autour de la ménopause
Troubles du sommeil, bouffées de chaleur et changements de vie peuvent fragiliser l'humeur. Des troubles qui persistent méritent d'être évoqués avec le médecin, sans les mettre systématiquement sur le compte de l'âge.
Les signaux qu'on minimise trop souvent
- une fatigue qui ne passe plus, même après du repos (voir grosse fatigue : que faire ?) ;
- des troubles du sommeil qui durent plus de quelques semaines ;
- une perte d'intérêt pour ce qui faisait plaisir ;
- une irritabilité inhabituelle, des pleurs fréquents ;
- un repli sur soi, l'arrêt des activités sociales ;
- une consommation accrue d'alcool, de médicaments ou de nourriture pour « tenir » ;
- des pensées de mort ou l'impression d'être un poids pour les autres : dans ce cas, appelez le 3114 sans attendre.
Certains troubles ont des manifestations spécifiques chez les femmes et sont longtemps passés inaperçus, comme le TDAH chez la femme. L'hypersensibilité émotionnelle est aussi souvent mal comprise.
Ce qu'on peut faire concrètement
- En parler tôt au médecin traitant, qui peut orienter vers un psychologue ou un psychiatre. Le dispositif Mon soutien psy permet des séances avec un psychologue remboursées sur orientation médicale ou en accès direct selon les conditions en vigueur ; voir pourquoi consulter un psy.
- Protéger les bases : sommeil, mouvement, lumière du jour, liens sociaux. Voir comment gérer son stress.
- Alléger ce qui peut l'être : répartir les tâches, accepter de l'aide, réduire les engagements le temps de récupérer.
- Ne pas rester seule : associations, groupes de parole, proches de confiance.
Aider une proche : les premiers secours en santé mentale
Si vous vous inquiétez pour une amie, une sœur ou une collègue, il existe une formation grand public pour savoir quoi dire et quoi faire : les Premiers secours en santé mentale (PSSM France). Sans formation, quelques principes aident :
- engager la conversation au calme, en décrivant ce que vous observez sans juger (« je te trouve très fatiguée depuis quelques semaines ») ;
- écouter plus que conseiller ;
- encourager à consulter, proposer d'aider à prendre rendez-vous ;
- ne pas hésiter à poser directement la question des idées suicidaires si vous êtes inquiet : cela ne les provoque pas, et cela peut ouvrir la porte à une aide ;
- en cas de danger immédiat, appeler le 15 ou le 112, ou le 3114 pour un conseil.
Un témoignage : quand le mal-être n'est pas pris au sérieux
L'association Maman Blues publie des récits de mères en difficulté. Celui de Constance, qui a accouché en juillet 2019, montre bien le parcours décrit plus haut. Dès les premières semaines : anxiété croissante, insomnie, irritabilité extrême, sentiment d'être submergée par la responsabilité, et des pensées très sombres. Au bout d'environ un mois, elle exprime clairement son mal-être, mais n'est pas prise au sérieux. Il faudra une consultation en psychiatrie pour qu'un diagnostic de dépression post-partum soit posé.
Elle a ensuite été soignée par un traitement de plusieurs mois, un suivi psychiatrique puis une psychothérapie, et raconte l'importance de s'être « entourée des gens qui m'aiment ». Ce récit illustre le chiffre de l'Enquête nationale périnatale (16,7 % des mères concernées à deux mois) et surtout le délai avant de recevoir de l'aide. Si vous vous reconnaissez, ou reconnaissez une proche, insistez auprès d'un professionnel, et en cas d'idées suicidaires, appelez le 3114.
À savoir : Cet article a une vocation d'information et ne remplace pas l'avis d'un médecin, d'un psychologue ou d'un psychiatre. Si vous traversez une période de détresse ou avez des idées suicidaires, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et accessible 24 h/24 et 7 j/7.
À propos de l'auteur : cet article est rédigé par Thomas, auteur de Garde la Forme. Il n'est pas professionnel de santé : ses articles s'appuient sur la lecture de sources publiques (organismes de santé, études scientifiques). En savoir plus sur notre démarche.
