Le bore-out est un épuisement qui vient de l’ennui au travail, souvent d’une sous-charge de travail, et non d’une surcharge. Ce n’est pas un terme que la recherche utilise le plus : les études parlent d’ennui au travail (job boredom) et lui trouvent des liens avec le stress, la détresse et des plaintes dépressives. S’ennuyer de temps en temps est banal. S’ennuyer chaque jour, au point de dormir mal ou de ne plus avoir envie d’y aller, mérite qu’on s’y arrête.
Voici ce que montrent trois études sur le sujet, en quoi cet état se distingue du burn-out que nous décrivons dans notre article sur le burn-out, et ce que l’on peut faire.
Ce que disent les études sur l’ennui au travail
La plus large porte sur 11 468 salariés de 87 organisations finlandaises. Dans cette étude de Harju, Hakanen et Schaufeli publiée en 2014 dans le Journal of Occupational and Environmental Medicine, l’ennui est mesuré avec un questionnaire validé, la Dutch Boredom Scale. Les résultats montrent que l’ennui touche des secteurs très variés, avec une fréquence plus élevée chez les hommes, les moins de 36 ans et dans certaines branches comme les transports et l’industrie. Il augmente la probabilité d’avoir envie de quitter son poste ou de partir plus tôt à la retraite, d’estimer sa santé mauvaise et d’avoir des symptômes de stress (DOI 10.1097/JOM.0000000000000248).

Une étude néerlandaise de van Hooff et van Hooft (Journal of Occupational Health Psychology, 2014) s’est intéressée au mécanisme. Chez 189 salariés, l’ennui au travail est lié à des plaintes dépressives, à de la détresse et à des comportements contre-productifs, et ce lien passe par des comportements d’ennui, c’est-à-dire ce que l’on fait pour tromper l’ennui. Les salariés qui adaptent eux-mêmes leurs tâches et leur façon de travailler, ce que les chercheurs appellent le job crafting, s’ennuient moins, et les effets de l’ennui sont plus faibles chez eux (DOI 10.1037/a0036821).
Une étude plus récente (Seppälä et ses collègues, Stress and Health, 2024) a mesuré le cœur de 125 travailleurs finlandais du secteur public pendant deux nuits de sommeil. Plus l’ennui au travail est fort, plus la variabilité de la fréquence cardiaque est basse, un indicateur de dysfonctionnement du système nerveux autonome, même après prise en compte de l’âge et du mode de vie. Les auteurs en concluent que l’ennui au travail est une menace pour la santé au travail (DOI 10.1002/smi.3326). Ces trois études montrent des liens statistiques, pas que l’ennui cause à lui seul chaque trouble.
Bore-out et burn-out : ce qui change
On présente souvent le bore-out comme l’envers du burn-out, avec trop peu de travail à la place de trop de travail. Les deux se rejoignent sur un point : le travail finit par peser sur la santé mentale. Le burn-out, lui, fait l’objet d’un diagnostic médical et de démarches que nous détaillons pour l’arrêt maladie pour burn-out. Pour l’ennui, les études précédentes mesurent un état, pas une maladie, et seule une consultation permet de faire la part entre ennui, fatigue, dépression ou burn-out.
Que faire quand le travail ennuie tous les jours
- Noter ce qui ennuie pendant une ou deux semaines : quelles tâches, quels moments, ce qui manque (de quoi faire, de responsabilité, de sens). C’est une méthode simple que nous proposons, pas une recommandation issue des études.
- Essayer d’adapter son poste : demander une tâche nouvelle, changer l’ordre de son travail ou réorganiser ses relations avec l’équipe. C’est le job crafting, dont l’étude néerlandaise montre qu’il réduit l’ennui.
- En parler à son responsable, aux ressources humaines ou au médecin du travail, avec des faits plutôt qu’un reproche.
- Surveiller le sommeil et l’humeur. Des nuits dégradées, une tristesse qui s’installe ou la perte d’envie en dehors du travail justifient de voir son médecin traitant, comme nous l’expliquons dans pourquoi consulter un psy.
Si la souffrance devient lourde, avec des idées noires ou des idées de suicide, le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond jour et nuit.
